Skip to content Skip to footer

Trouver sa singularité : vous n’êtes pas un génie mais vous en avez un.

Artiste, thérapeute, coach ou artisan, vous cherchez ce qui vous rend unique ? On vous conseille de « trouver votre zone de génie », votre authenticité ? Les Romains avaient une réponse qui change un peu la façon de trouver sa singularité. Je vous raconte tout ça, avec trois exercices pour partir à la recherche de la vôtre.

Le génie des Romains, un compagnon reçu à la naissance

Imaginez, vous vivez à Rome il y a deux mille ans et c’est votre anniversaire. Ici pas de bougies sur un gâteau. A la place, vous versez du vin, déposez des fleurs et faites brûler de l’encens pour quelqu’un de très particulier : votre génie. Pas le génie au sens où on l’entend aujourd’hui, un talent hors norme réservé à Mozart, Alan Turing, ou Yayoi Kusama, non, votre génie bien à vous, celui qui vous a été attribué le jour de votre naissance et qui ne vous quittera qu’à votre mort.

Pour les Romains, le genius était une sorte de compagnon invisible, une part divine propre à chaque personne. Il n’était pas tout à fait vous, mais il partageait votre caractère et vos goûts, comme un double bienveillant qui veillait sur votre destinée.
Des interprétations modernes ont ensuite rapproché cette notion de notre conception du génie créatif.

Et il ne s’arrêtait pas aux humains : les lieux avaient eux aussi leur génie, un théâtre, un vignoble, une fête. C’est le fameux genius loci, l’esprit du lieu, une expression que les architectes et les paysagistes citent encore.

Ce génie était personnifié. Dans les maisons, un petit autel lui était réservé, le lararium, installé dans l’atrium, la cuisine ou le jardin, et les archéologues en ont retrouvé des centaines à Pompéi.

Il était honoré pendant les repas et avant les grandes décisions de la vie. Autrement dit, les Romains ne cherchaient pas leur génie, ils vivaient avec lui, tous les jours.

Socrate et la petite voix qui dit non

Les Grecs avaient une idée voisine, le daimon – comme dans Les royaumes du Nord de Philip Pullman 😉 Dans l’Apologie écrite par Platon, le philosophe explique qu’une voix l’accompagne depuis l’enfance, et que cette voix a une particularité étonnante : elle ne lui dit jamais quoi faire, elle se contente de le détourner de ce qu’il ne doit pas faire. Quand elle se tait, Socrate en conclut qu’il est sur le bon chemin.

J’aime bien cette idée d’un génie qui parle surtout par ses refus, parce que je la retrouve dans presque chacun de mes accompagnements. Les personnes que j’accompagne savent souvent très bien ce qu’elles ne veulent plus faire, bien avant de savoir ce qu’elles veulent montrer.

Avoir un génie plutôt qu’être un génie

Alors, à quel moment avons-nous perdu ce compagnon ? Dans une conférence TED de 2009 devenue célèbre, l’écrivaine Elizabeth Gilbert s’inspire du concept antique de genius pour proposer une manière métaphorique de penser la créativité et situe le basculement à la Renaissance : en plaçant l’individu au centre de tout, nous avons cessé de dire qu’une personne avait un génie, pour dire qu’elle était un génie. Elle trouve que c’est beaucoup trop de pression pour une seule personne, et je suis assez d’accord avec elle.

Être un génie, c’est intimidant, presque paralysant, surtout quand vous vous lancez seule avec votre atelier ou votre cabinet. Avoir un génie, c’est une relation, quelque chose qui s’écoute, s’apprivoise, et s’honore avec un peu d’encens de temps en temps.

Démêler puis tisser : comment j’ai trouvé mon propre génie

C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé en cherchant le mien. Depuis 2013, j’aide des artistes, des thérapeutes et des artisans à trouver ce qui les rend uniques, et je ne m’étais jamais vraiment posé la question pour moi-même. Alors j’ai écouté :

« Dans ta maquette, je m’y sens chez moi », « Tu as réussi à retranscrire en image tout ce que j’avais dans la tête » ou « J’ai mis cinq ans à trouver quelqu’un comme toi, qui m’accompagne sur la globalité et pas juste le site »

Avec le recul, j’ai compris que je fais deux choses. Je démêle, c’est-à-dire que j’aide les gens à voir ce qui compte vraiment pour eux et à oser laisser le reste de côté, puis je tisse, je donne à cet univers une forme, une identité visuelle, un site, où ils se reconnaissent.

D’Arachné à Louise Bourgeois, l’araignée de Mutatips

L’araignée de mon logo a alors pris tout son sens. Dans les Métamorphoses d’Ovide, Arachné est une tisserande si douée qu’elle ose défier Athéna, et sa tapisserie, parfaite et un brin insolente, lui vaut d’être changée en araignée. Bien plus tard, Louise Bourgeois a élevé une araignée de près de neuf mètres de haut, Maman, en hommage à sa mère, qui dirigeait l’atelier familial de restauration de tapisseries, une tisseuse habile et protectrice qui répare plutôt qu’elle ne détruit.

Mon génie ressemble à un mélange des deux, avec une nuance : l’araignée tisse avec sa propre soie, moi, je tisse avec vos fils.

Où se cache la singularité des artistes, thérapeutes et artisans

J’ai le sentiment que votre génie est souvent là, sous vos yeux, dans ce que vous faites naturellement et que vous jugez trop banal, ou trop bizarre, pour le montrer. Voici quelques exemples, inventés mais très proches de ce que je croise souvent.

Vous êtes céramiste et vous parlez surtout de vos émaux et de vos températures de cuisson, alors que ce que vos clients aiment vraiment, c’est l’imperfection assumée de chaque bol, la trace du doigt sur le rebord. Votre génie n’est peut-être pas technique, il est dans ce refus de la perfection industrielle.

Vous êtes sophrologue et votre site ressemble à celui de tous les sophrologues, avec son galet ou sa fleur de lotus, alors que votre singularité tient peut-être à votre passé d’infirmière de nuit et à votre façon très concrète de parler du sommeil.

Vous êtes ébéniste et vous acceptez chaque commande, alors que vos yeux ne brillent vraiment que lorsque quelqu’un vous apporte un vieux meuble de famille à sauver….

3 exercices pour trouver votre singularité

Si vous avez envie de renouer avec votre génie, je vous propose trois petits exercices, sans aucune recette miracle.

Noter mot pour mot ce que vos clients vous disent

Le premier est un exercice à la romaine : notez mot pour mot les phrases que vos clients vous disent, surtout celles qui vous ont surprise ou touchée, dans un carnet ou une note de votre téléphone. Votre génie parle souvent à travers les autres, et au bout de quelques semaines, un motif apparaît presque toujours.

Écouter vos refus

Le deuxième est un exercice à la Socrate. Faites la liste des demandes qui vous font soupirer, des projets que vous acceptez à contrecœur, des sujets que vous repoussez sans cesse, car ce que votre génie ne veut pas vous en dit parfois plus long que ce qu’il veut.

Montrer un peu de ce que vous cachez

Le troisième est le plus inconfortable : faites la liste de ce que vous cachez parce que ça ne vous paraît pas assez sérieux, un passé, une passion, une manière de faire un peu à part, puis demandez-vous ce qui se passerait si vous le montriez davantage, sur votre site, dans vos posts, dans votre façon de présenter votre travail.

Votre génie n’attend pas d’être inventé

Je ne vous promets pas que vous deviendrez incomparable du jour au lendemain, il m’a fallu treize ans pour mettre des mots sur le mien. Mais j’aimerais que vous gardiez en tête cette idée venue de Rome : pour trouver sa singularité, vous n’avez pas besoin d’être un génie, vous en avez déjà un. Il n’attend pas d’être inventé, seulement d’être écouté, et peut-être, à votre prochain anniversaire, d’avoir droit à un peu plus qu’une bougie.

Et vous, quelle phrase vos clients vous répètent-ils que vous avez tendance à minimiser ? Si vous avez envie de démêler vos fils à deux, je serai ravie d’en parler avec vous.

Références et sources

  • Genius (religion romaine), Wikipédia)
  • Genius (mythology), Wikipedia) (lararia de Pompéi, iconographie, genius loci, Juno)
  • Daimonion (Socrates), Wikipedia) et Platon, Apologie de Socrate
  • Elizabeth Gilbert, « Your Elusive Creative Genius », TED 2009, transcription
  • Maman, Louise Bourgeois, Guggenheim Bilbao
  • Ovide, Les Métamorphoses, livre VI (mythe d’Arachné)

Lucie RENAUDEAU // 2025 // Tous droits réservés

Google star 1Google star 2Google star 3Google star 4Google star 5
5.0
Service le mieux noté
certifié par: Trustindex
Trustindex vérifie que l'entreprise a un score supérieur à 4.5, sur la base des avis collectés sur Google au cours des 12 mois, ce qui la qualifie pour recevoir le certificat le mieux noté.